Monique Pelletier, merci!
Ancienne ministre et militante des droits des femmes, Monique Pelletier est morte le
19 octobre, à l’âge de 99 ans. Pionnière en politique comme dans ses combats, elle fut
ministre de la famille et de la condition féminine de 1978 à 1981 dans le gouvernement
Barre, avant de devenir la troisième femme à siéger au Conseil constitutionnel. Au nom du
CNaV, Véronique Fournier lui rend hommage.
Chère Monique,
Tu avais 90 ans passés quand tu nous as approchés pour la première fois, d’abord à Vieux et
Chez soi, puis à La Vie vieille, au nom de notre engagement en faveur des personnes vieilles et
de la vieillesse.
Puis, tu as continué d’être là, fidèle à tes nouveaux amis, dès la soirée au cours de laquelle
nous avons tous ensemble créé le CNaV, fin 2021. A l’époque, nous revendiquions la
constitution d’un Conseil National Consultatif des Personnes Vieilles, qui aurait fonctionné sur
le modèle du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées, instance que tu
connaissais bien pour l’avoir présidée pendant plusieurs années. Nous pensions que ce serait
une bonne façon de faire avancer la cause et d’obtenir enfin une politique de la vieillesse digne
de ce nom. Nous avons tous assez vite déchanté, toi comme nous, après n’avoir eu aucun
retour à aucune de nos sollicitations auprès des politiques, et avoir compris que nous n’aurions
jamais le rôle que nous souhaitions dans une telle instance : elle aurait tôt fait de servir les
acteurs du secteur, plutôt que les vieilles et les vieux eux-mêmes.
Tu ne t’es pas lassée pour autant. Tu as continué de nous suivre dans nos élucubrations et de
vouloir nous aider, assidûment, convoquant pour cela tout ton réseau. Pour la plupart, tes
relations n’ont pas été aussi sensibles que toi à la cause des vieux. Comme beaucoup des
nôtres, du reste, confirmant s’il le fallait, combien il est souvent difficile aux uns et aux autres
de s’accepter, pire de se revendiquer « vieux » ! ». Tu avais compris toi qu’il fallait en passer
par là si l’on voulait faire bouger les regards sur la vieillesse et les lignes des politiques
publiques sur ce sujet assez peu glamour, il faut bien le dire. Cette fois encore, comme souvent
au long de ta carrière, tu n’as eu que faire des réactions d’autrui. Tu as posé tes choix et tu
les as fait connaître, en « femme libre et déterminée » comme te décrivait si bien Le Monde
dans ses colonnes il y a quelques jours : « Il arriva plus d’ une fois [ à Monique Pelletier] de
s ’ illustrer par une vision progressiste plus franche que celle de son camp. Souvent pionnière
dans ses combats, elle étonne [ ] en 1977 [ ] avec un rapport sur la lutte contre la toxicomanie,
où elle plaide en faveur d’ une véritable politique de prévention, ou encore [ ] des décennies
plus tard, [ ] en prenant la défense de Christiane Taubira et de la loi pour le mariage entre
couples de même sexe ». Sur le sujet de la fin de vie également, tu n’étais pas exactement sur
les mêmes positions que beaucoup de ceux de ton bord politique, appelant sans hésitation à
une évolution de la loi vers la liberté laissée à chacun de décider des conditions de sa mort.Chère Monique, vieille, tu l’étais assurément, mais jamais triste de l’être. Et si belle encore à
presque cent ans ! Je me souviens de toi à Pellegrue, en Gironde, il y a quelques années, à
notre séminaire sur le corps. Malgré ton lourd handicap moteur et tes immenses difficultés à
la marche, tu n’hésitais pas à aller passer trois jours, loin de chez toi, au vert, à réfléchir sur la
vieillesse et ses enjeux. Notre corps vieillit ? Oui, bien sûr, mais la belle affaire, disais-tu ; et
aussi : « Pourquoi la sexualité serait-elle interdite aux vieux ? Si, au hasard d’ une rencontre se
nouent des liens affectifs, pourquoi devrait-on se priver de ce qu’ ils peuvent apporter ? Certes,
les corps ont vieilli, ils ont souvent perdu ce qui les rendait désirables, mais s ’ ils restent
attirants, quelle chance ! La sexualité est souhaitable le plus longtemps possible. C’ est un bien,
et les biens ne sont pas si nombreux qu’ on ne les ménage pas. Il faut être tolérant, comprendre,
et surtout ne pas interdire ce qui ne devrait pas être interdit ». Tu n’hésitais jamais non plus,
malgré ton grand âge et ton handicap, à aller rendre visite à l’autre bout de la ville, à tel ou tel
de tes vieilles connaissances, surtout celles qui n’avaient eu d’autre choix que d’entrer en
Ehpad. « J’ ai la chance de vivre une vieillesse heureuse et libre, disais-tu. Ce que je constate
trop souvent autour de moi, c ’ est l’ isolement et la désespérance de trop de personnes âgées.
Cette injustice est indigne ». Tu l’as dénoncée haut et fort à nouveau, cette injustice, lors de
notre premier contre-salon des vieilles et des vieux, à la Halle des Blancs Manteaux de Paris,
fin 2023.
Pour tout cela, hommage à toi, chère Monique. Merci d’avoir été avec nous.